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4/22/2017

Mabel était presque nue



"Mabel était presque nue sous sa robe, mais la femme la plus prête est encore harnachée de telle façon qu'il lui faut pour se livrer tout à fait deux ou trois gestes qui précisent son consentement. Gilles, en dépit de son ivresse, remarqua la sûre rapidité des mains de Mabel. Un peu plus tard, il sut ce qu'il aurait dû savoir depuis le premier jour qu'il l'avait vue à l'hôpital. L'exactitude de sa réaction prouvait son expérience. Myriam. Elle était son bien, son seul bien. Il avait manqué de la perdre. Mabel, ahurie, vît se dresser un garçon méprisant, sifflant. 
-Combien ? 
-Quoi ?
-Combien d'hommes ?

Aussitôt il vint à la jeune femme à demi redressée un énorme sanglot qui hésita une seconde, puis, devant ce terrible visage, se déclara: Je vous aime. Ce cri toucha le débauché, l'ami des filles, mais comme une salissure. Debout, devant Mabel, complètement immobile, il la considérait dans son désordre et lui même demeurait dans le sien. Son immobilité persistante rendit tout cela odieusement ridicule. Mabel dut s'épouvanter, elle qui était si sûre de sa sincérité et que la force de son élan laissait loin en arrière un passé où beaucoup de gestes irréfléchis coulaient à pic dans l'oubli. Le silence et l'immobilité de Gilles croissaient. Il voyait ce linge se remuer, se froncer et se froisser et se friper dix fois, en d'autres mains. Une même fleur ne peut se faner et renaître. 
- Vous avez déjà couché avec beaucoup de types, insista-t-il avec un mépris rageur. Ce mépris, en avilissant la jeune femme, l'avilissait lui. Il voulait dire: "Vous êtes médiocre. Mais vous n'avez pas l'ombre d'une idée de ce qu'il y a en moi. Vous ne savez pas quelles profondeurs j'ai atteintes en moi, à la guerre." Il aurait pu dire bien des choses tout bas. Mais c'était donner trop de poids à son silence. Il grogna à haute voix: J'aurais pu m'en douter. Mabel avait balbutié: 
-Mais voyons, Gilles, comment pouvez-vous me croire...? Mais non. 
-Enfin, vous avez déjà couché...
-Mais non... Si... Mais est-ce que cela compte? Je vous aime. Vous êtes le premier qui... Vous ne comprenez donc pas, vous ne comprenez donc rien..."


Pierre Drieu La Rochelle, Gilles

5/17/2016

Il faut avoir tué de sa main pour comprendre la vie



« Il faut avoir tué de sa main pour comprendre la vie. La seule vie dont les hommes sont capables, je vous le redis, c’est l’effusion du sang : meurtres et coïts. Tout le reste n’est que fin de course, décadence. »

Pierre Drieu La Rochelle, Le jeune Européen

1/16/2016

C'est bon de lire

Pierre Drieu la Rochelle
« C'est bon de lire, c'est un immense plaisir tranquille, la grande abolition de la peine. »
Pierre Drieu La Rochelle

4/11/2015

La guerre pour toute fortune

Pierre Drieu la Rochelle
Drieu en 1914


« Il y a en moi un goût terrible de me priver de tout, de quitter tout. C'est ça qui me plaît dans la guerre. Je n'ai jamais été si heureux, en étant atrocement malheureux, que ces hivers où je n'avais pour toute fortune au monde qu'un Pascal de cinquante centimes, un couteau, une montre, deux ou trois mouchoirs et que je ne recevais pas de lettre. »

Pierre Drieu la Rochelle, Gilles

3/15/2015

J’aspire à l’indicible.



« Mon cher vieux Jean,

Je t’aimais profondément, tu le savais, en frère et en ami et je regrette de te faire une grande peine. Mais je suis obligé de faire ce que je vais faire, et tu le comprendras....
[…] Je me tue : cela n’est défendu par aucune loi supérieure, bien au contraire. Ma mort est un sacrifice librement consenti qui m’évitera certaines salissures, certaines faiblesses. Et surtout, je ne m’intéresse pas assez à la politique pour en encombrer (prison, etc.) mes derniers jours.
Cela m’ennuierait et me distrairait des suprêmes pensées dont je veux m’occuper seulement aux derniers moments.
Je ne crois ni à l’âme ni à Dieu, je crois à l’éternité d’un principe suprême et parfait dont ce monde n’est que la vaine apparence. Apparence ravissante et dont je me suis réjoui autant qu’aucun. J’ai joui des hommes, des femmes, des animaux, des plantes, surtout des arbres, de tout – et des maisons, cher architecte -, mais depuis quelques années encore bien mieux de l’essence qui est derrière tout. Cela m’a enivré merveilleusement et je ne me tiens pas de joie d’aller enfin à cela.
Je n’ai aucune contrainte en moi ni autour de moi : je suis saturé des apparences et j’aspire à l’essence et au-delà de l’essence à l’indicible.
Je saute sur l’occasion qui m’est offerte. La menace de mort depuis cinq ans a décuplé ma vie et m’a fait goûter et comprendre tout comme je n’aurais fait si je n’avais pas choisi la voie dangereuse, la voie de l’âpre audace.
J’espère que tu te portes bien, que tu reprendras bien ton métier, que tu n’auras pas d’ennuis à cause de moi, que tu développeras ta conscience et ta mesure comme tu faisais.
Je suis heureux de penser que tu auras ma bibliothèque, mes livres et que tu t’occuperas de mon œuvre.
[…] Cher vieux, j’aurais aimé vieillir près de toi, mais le sort en a décidé autrement.
Je t’embrasse du fond du cœur et du fond de l’être.
Ton frère Pierre »
Pierre Drieu la Rochelle, « Dernière lettre à son frère », Journal 1939 – 1945

1/07/2015

Un idéal de steppe pouvait seul me contenter


« Le sang de mon rêve, de tout ce que j’aime dans la vie me remontait au cerveau. Se faire tuer pour s’abîmer en Dieu dans un élan pur. Les hommes sont faits pour danser, chanter, se battre de la main à la main. Et les chevaux, et les chiens, et les femmes. Amitié naïve de jeunes guerriers. Un idéal de steppe pouvait seul me contenter. La seule joie qui soit offerte aux hommes sur cette terre, c’est une fureur de santé quand un jeune homme saute sur son cheval et pousse un cri vers Dieu. Il faut que nos âmes fouettent nos corps, les relancent en pleine course. Mon âme a soif de mon sang. Ô vents, ô soleil, battez mon sang, faites-le rebondir !»

Pierre Drieu La Rochelle. Le Jeune Européen.

1/02/2015

C'est en acier


"Un revolver, c'est solide, c'est en acier. C'est un objet. Se heurter enfin à l'objet."

Pierre Drieu la Rochelle

12/06/2014

Les métamorphoses modernes


"Je souffre pour le corps des hommes… Horrible de se promener dans les rues et de rencontrer tant de déchéances, de laideurs ou d’inachèvements. Ces dos voûtés, ces ventres gonflés, ces petites cuisses, ces faces veules."

Pierre Drieu la Rochelle

11/17/2014

Guerre ou révolution, c’est-à-dire guerre encore.

Club Roger Nimier

« À quoi sert de vivre, si on ne se sert pas de sa vie pour la choquer contre la mort, comme un briquet ? Guerre - ou révolution, c’est-à-dire guerre encore - il n’y pas à sortir de là. Si la mort n’est pas au coeur de la vie comme un dur noyau - la vie, quel fruit mou et bientôt blet ? »

Pierre Drieu la Rochelle, La Comédie de Charleroi

11/16/2014

Civilisation et barbarie

Club Roger Nimier
 L'extrême civilisation engendre l'extrême barbarie.  »
 
Pierre Drieu La Rochelle, Les chiens de paille

11/06/2014

Il s'agissait de l'hiver de la Société et de l'Histoire, de l'hiver d'un peuple.


Club Roger Nimier




« Les paysans qu'il rencontrait semblaient l'arrière-garde hargneuse d'une armée en déroute. Ils lui jetaient le regard de doute, de haine et d'envie de ceux qui demeurent les derniers sur le champ de bataille, qui résistent encore à l'avan...ce irrésistible d'un ennemi vainqueur, mais qui ont vu disparaître à l'horizon tant de fuyards. Dans les villages où tant de maisons étaient abandonnées ou mortes, les derniers paysans erraient comme des âmes en peine. Âmes en peine, âmes humiliées, destituées, découronnées, âmes rongées par le doute et n'ayant plus d'autres recours qu'un lucre et un alcool maniaques. Et dans les petites villes, de chétifs bourgeois semblaient aussi loin des champs et de leurs grands rythmes de sève que ceux des quartiers les plus barricadés et calfeutrés de Paris. Ce n'était donc pas seulement l'hiver de la nature que Gilles voyait ; c'était un autre hiver et une autre mort, plus durables, portant la menace, peut-être de l'irrémédiable. Il s'agissait de l'hiver de la Société et de l'Histoire, de l'hiver d'un peuple. ».

Drieu La Rochelle, Gilles

11/01/2014

L'acte de ceux qui n'ont pu en accomplir d'autres

Les loosers du Romain Bouvier Club de Daube



Le suicide, c'est le ressource des hommes dont le ressort a été rongé par la rouille, la rouille du quotidien. Ils sont nés pour l'action, mais ils ont retardés l'action; alors l'action revient sur eux en retour de bâton. Le suicide, c'est un acte, l'acte de ceux qui n'ont pu en accomplir d'autres."

Pierre Drieu la Rochelle, Le Feu Follet

10/16/2014

Le seul idéal complet





"Le seul idéal complet c’est de mélanger le saint et le héros, l’homme et le dieu."
                                       
Pierre Drieu La Rochelle, Le Jeune Européen,

9/30/2014

Ce christianisme-là était mâle



Ce christianisme-là était mâle, compréhensif, mais affirmatif, portant bravement les contradictions du monde et les résolvants par la complexe organisation de l’esprit et de la vie qu’il offrait aux hommes. Ce Christianisme-là, qui est venu providentiellement servir notre face et notre climat, s’inscrit aux tympans des cathédrales, dans la figure vigoureuse, juvénile et puissante du Christ triomphant, aux cotés de qui est assise la Vierge Mère. Il n’a rien a céder en virilité et en santé aux dieux de l’Olympe et du Walhalla, tout en étant plus riche qu’eux en secrets subtils qui lui viennent des dieux de l’Asie.

Drieu La Rochelle, Chronique politique 21 juin 1938.

9/23/2014

Fidélité

Le Club Roger Nimier authentique


"Quand j’étais adolescent, je me promettais de rester fidèle à la jeunesse: un jour, j’ai tâché de tenir parole."


Pierre Drieu La Rochelle

9/14/2014

Les terribles drapeaux noirs




"Soufflant sur les feuilles mortes
Le dieu pousse les cohortes
 Agitant les noirs drapeaux
 Des terribles renouveaux" 

Pierre Drieu la Rochelle

9/10/2014

L'attitude



“On est plus fidèle à une attitude qu’à des idées”

Pierre Drieu la Rochelle

8/15/2014

Le Feu Follet

Le Feu follet, 1963, d'après l'oeuvre de Pierre Drieu la Rochelle.

D’autres grâces apparaissent


« Constant se promenait à travers la France et goûtait un délice amer : tout se défaisait et en se défaisant montrait comment cela avait été fait et quelle merveille est une chose qui a été. Il croyait à la décadence totale du pays et en même temps que la décadence veut dire Renaissance. Les décadences politiques couvrent les surprenantes démarches que font les hommes et les femmes pour sortir d’une beauté et entrer dans une autre. Car la beauté est toujours là, alors même qu’on ne fabrique plus que des meubles et des maisons infâmes et que les visages expriment l’indifférence et la stupidité des grandes villes. D’autres grâces apparaissent qu’on ne saisira que plus tard et que peut-être on ne saisira pas. »

Pierre Drieu La Rochelle, Les Chiens de Paille