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4/29/2015
4/01/2015
La fille publique
Le philosophe, revenu des systèmes et des superstitions, mais
persévérant encore sur les chemins du monde, devrait imiter le
pyrrhonisme de trottoir dont fait montre la créature la moins dogmatique
: la fille publique. Détachée de tout et ouverte à tout ; épousant
l’humeur et les idées du client ; changeant de ton et de visage à chaque
occasion ; prête à être triste ou gaie, étant indifférente ; prodiguant
les soupirs par souci commercial ; portant
sur les ébats de son voisin superposé et sincère un regard éclairé et
faux, – elle propose à l’esprit un modèle de comportement qui rivalise
avec celui des sages. Être sans convictions à l’égard des hommes et de
soi-même, tel est le haut enseignement de la prostitution, académie
ambulante de lucidité, en marge de la société comme la philosophie.
« Tout ce que je sais je l’ai appris de l’école des filles », devrait
s’écrier le penseur qui accepte tout et refuse tout, quand, à leur
exemple, il s’est spécialisé dans le sourire fatigué, quand les hommes
ne sont pour lui que des clients, et les trottoirs du monde le marché où
il vend son amertume, comme ses compagnes, leur corps.
Cioran, Précis de décomposition
3/12/2015
Cioran, un nihiliste ultra-lucide
Véritable auteur maudit, peu lu et assez injustement méconnu, Cioran
vécut en retrait du divertissement façon aristocrate du doute. Condamné à la lucidité et au reniement permanent, il trouvera un sursis existentiel dans la voie de l’esthétisme. Seul le mystère de la vie et la curiosité qu’elle suscite constituent pour lui une raison de continuer à vivre.
"Espérer c’est démentir l’avenir… La tristesse: un appétit qu’aucun malheur ne rassasie…" Cioran risque, du long de ses aphorismes apocalyptiques de vous purger de toute forme de naïveté, voire de positivité.
11/27/2014
Nous sommes des grands décrépits
" Nous sommes des grands décrépits, accablés d’anciens rêves, à
jamais inaptes à l’utopie, techniciens des lassitudes, fossoyeurs du
futur, horrifiés des avatars du vieil Adam. L’Arbre de Vie ne
connaîtra plus de printemps : c’est du bois sec ; on en fera des
cercueils pour nos os, nos songes et nos douleurs. "
Cioran
11/01/2014
Les superficiels
« N’a de convictions que celui qui n’a rien approfondi. »
Emil Michel Cioran, De l’inconvénient d’être né
10/03/2014
Ils se sentent diminués, sauf en enfer.
9/26/2014
8/28/2014
L'homme, cet assassin.
"Que l’homme perde sa faculté d’indifférence : il devient assassin virtuel ; qu’il transforme son idée en dieu : les conséquences en sont incalculables. On ne tue qu’au nom d’un dieu ou de ses contrefaçons : les excès suscités par la déesse Raison, par l’idée de nation, de classe ou de race sont parents de l’Inquisition ou de la Réforme. Les époques de ferveur excellent en exploits sanguinaires : sainte Thérèse ne pouvait qu’être contemporaine des autodafés, et Luther du massacre des paysans. Dans les crises mystiques, les gémissements des victimes sont parallèles aux gémissents de l’extase… Gibets, cachots, bagnes ne prospèrent qu’à l’ombre d’une foi, - de ce besoin de croire qui a infesté l’esprit pour jamais. Le diable parait bien pâle auprès de celui qui dispose d’une vérité, de sa vérité. Nous sommes injustes à l’égard des Nérons, des Tibères : ils n’inventèrent point le concept d’hérétique : ils ne furent que rêveurs dégénérés se divertissant aux massacres. Les vrais criminels sont ceux qui établissent une orthodoxie sur le plan religieux ou politique, qui distinguent entre le fidèle et le schismatique.
Lorsqu’on se refuse à admettre le caractère interchangeable des idées, le sang coule… Sous les résolutions fermes se dresse un poignard ; les yeux enflammés présagent le meurtre. Jamais esprit hésitant, atteint d’hamlétisme, ne fut pernicieux : le principe du mal réside dans la tension de la volonté, dans l’inaptitude au quiétisme, dans la mégalomanie prométhéenne d’une race qui crève d’idéal, qui éclate sous ses convictions et qui, pour s’être complue à bafouer le doute et la paresse, - vices plus nobles que toutes ses vertus - s’est engagée dans une voie de perdition, dans l’histoire, dans ce mélange indécent de banalité et d’apocalypse… Les certitudes y abondent : supprimez-les, supprimez surtout leurs conséquences : vous reconstituez le paradis. Qu’est ce que la Chute sinon la poursuite d’une vérité et l’assurance de l’avoir trouvée, la passion pour un dogme, l’établissement dans un dogme ? Le fanatisme en résulte, - tare capitale qui donne à l’homme le goût de l’efficacité, de la prophétie, de la terreur, - lèpre lyrique par laquelle il contamine les âmes, les soumet, les broie ou les exalte… N’y échappent que les sceptiques (ou les fainéants et les esthètes), parce qu’ils ne proposent rien, parce que - vrais bienfaiteurs de l’humanité - ils en détruisent les partis pris et en analysent le délire."
Cioran - Précis de décomposition
8/17/2014
L’esprit n’élève pas: il déchire
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Maurice Ronet dans “Le Feu Follet” |
“Le mythe biblique du pêché de la connaissance
est le plus profond que l’humanité ait jamais imaginé. L’euphorie des
enthousiastes tient, précisément, au fait qu’ils ignorent la tragédie de
la connaissance. Pourquoi ne pas le dire ? La connaissance se confond
avec les ténèbres. Je renoncerais volontiers à tous les problèmes sans
issue en échange d’une douce et inconsciente naïveté. L’esprit n’élève
pas: il déchire.”
Cioran - Sur les cimes du désespoir
Cioran - Sur les cimes du désespoir
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