
«Être de droite, non par conviction bon marché, pour des visées
vulgaires, mais de tout son être, c’est céder à la puissance supérieure
d’un souvenir, qui s’empare de l’être humain, et pas tant du citoyen,
qui l’isole et l’ébranle au milieu des rapports modernes et éclairés où
il mène son existence habituelle. Cette pénétration n’a pas besoin de la
mascarade abominable et ridicule d’une imitation servile, ni qu’on
aille fouiller la brocante de l’histoire du malheur.
Il s’agit d’un acte de soulèvement autre : soulèvement contre la
domination totalitaire du présent qui veut ravir à l’individu et
extirper de son champ toute présence d’un passé inexpliqué, d’un devenir
historique, d’un temps mythique. À la différence de l’imagination de
gauche qui parodie l’histoire du Salut, l’imagination de droite ne se
brosse pas le tableau d’un royaume à venir, elle n’a pas besoin
d’utopie, mais elle cherche le rattachement à la longue durée, celle que
rien n’ébranle, elle est selon son essence souvenir de ce qui gît au
fond de nous, et dans cette mesure elle est une initiation religieuse ou
protopolitique. Elle est toujours et existentiellement une imagination
de la Perte et non de la Promesse (terrestre). C’est donc une
imagination de poète, depuis Homère jusqu’à Hölderlin».
Botho Strauss