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4/11/2015

La marée montante des crimes


“ La marée montante des crimes, disent les journaux. Allons donc ! Quoique engloutis pour la plupart dans le secret des confessions, les assassinats abondent surtout aux siècles de croyances et d'ardeur, au Moyen-Age, à la Renaissance, les gens alors vivaient librement, puissamment, dangereusement. C'est l'époque moderne qui doit, au contraire, à mon avis, compter le moins de crimes. Les formules encore pesantes d'une morale vidée pour la plupart de son contenu, la résignation hébétée, la veule acceptation de tout, les chaînes plus lourdes, la peur de fouets plus nombreux interdisent chaque jour davantage tout écart un peu vif au morne troupeau des hommes. Il a, il est vrai, les guerres pour satisfaire maintenant ses instincts. Mais son sadisme doit se contenter, en temps de paix, d'une délectation passive. Délectation qui n'est d'ailleurs pas non plus une chose nouvelle. Au Moyen Age on la nourrissait de temps en temps de quelque bon écartèlement public de condamné. Les complaintes propagées jusqu'au fond des campagnes ont ouvert la voie aux révélations savamment détaillés dont notre presse honore les crimes.”

Céline

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