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| Roger Nimier |
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7/13/2020
Le style Hussard
"Le style du hussard, c’est le désespoir avec l’allégresse et la piété avec l’humour. C’est l’honneur avec le courage et le courage avec la désinvolture. C’est ce qui ne sert aucune carrière sous aucun régime. C’est la solitude et le danger. Bref, c’est le dandysme." - Pol Vandromme
6/12/2016
Les insectes à tête humaine
La religion, qu’embrasse la majorité des hommes d’aujourd’hui, est le refuge des rêves et des vanités anonymes. On la pratique en fonctionnaire et tendant son carnet d’autographes. Elle ne s’efforce pas de valoriser notre part divine, ni même notre part personnelle ; elle cherche à niveler, à abêtir, à creuser une immense fosse commune. Au-dessus de cette fourmilière, quelques étoiles maigres et tristes : des titres de journaux, des photos de magazines. Les insectes à tête humaine, - chétifs, lâches, - se pâment devant ces belles de jour et ces bonheurs du soir. Pas un geste, pas un cri, pas un murmure. Rien. L’aboulie fait oraison en silence. Elle a ses visions : elle visionne ses films. Dans ces couvents, où la chapelle est une salle obscure, les ouvreuses, Tarcisius enjuponnées, portent l’eucharistie : bonbons, caramels, esquimaux, chocolats. La digestion tient lieu d’action de grâce, et le sommeil d’extase.
Le soleil de la chrétienté a disparu. A sa place, une lumière pâle, laiteuse et ballottée sur des nuages captifs circule dans la nuit non plus comme un astre mais comme un lumignon. Des images truquées et fantomales se gonflent comme des voiles. Il faut crever ces baudruches errantes. Quand elles éclatent, la sanie qui les remplissait éclabousse. Cette souillure a un nom : l’imposture, la colonisation par la bêtise publicitaire des vérités de l’ancienne France. « Sans un fond de noblesse au cœur de la plus humble chaumière, la civilisation de l’âge classique n’aurait pas tenu. La religion et la morale de l’honneur venaient confirmer cet accord. Aujourd’hui, les statistiques, le cinéma, les journaux cimentent l’union, perfectionnent un peu plus chaque jour le parfait citoyen : il se battrait comme Joë Louis, il aimerait comme Gary Cooper, il penserait comme France-Dimanche – mais de tout cela on ne peut parler qu’au conditionnel, car le parfait citoyen ne se bat, n’aime, ni ne pense, il se contente de regarder l’image de sa perfection. Contrairement aux apparences, la religion du monde moderne est contemplative ».
L’univers se dérobe jusqu’à s’évanouir. Disparaissent l’envie même du soupir et la transparence de certaines ténèbres. Aucun cristal, aucune fêlure, aucune bannière pour la croisade, aucun autel pour le sacrifice des héros ; mais la moiteur des soirs d’automne, les corps lisses des nymphettes de cinéma, le désir à portée de regard, une interminable domination, la gratitude des esclaves dans leurs chaînes, le septième ciel parmi les vapeurs de l’opium. L’humanité est ivre-morte. Cet état signale la fin de l’ivresse roborative et le commencement de la mort.
Pol Vandromme, Roger Nimier
7/09/2015
Ah ! ce Nimier, quel feu, quelle flamme, quel ton
Lorsque parurent Les Épées, la rumeur privée du comité de lecture éditorial fut tout de suite la rumeur publique : ah ! ce Nimier, quel feu, quelle flamme, quel ton, c’est Retz dans le salon des Morand. L’éloge flatteur était compensé par des insultes plus flatteuses encore : quel provocateur facho ce Nimier, il n’a appris le grec que pour traduire en nazillon le gamma des miliciens et figurez-vous qu’il se flatte auprès des châtelaines et les secrétaires de n’avoir aucune envie des petits garçons, ce qui est bien le comble de l’obscurantisme.
Pol Vandromme, Michel Déon le nomade sédentaire.
7/18/2014
Longtemps la liberté d’expression aura été un bloc.
"Longtemps la liberté d’expression aura été un bloc. La laïcité ne transigeait pas là dessus ; c’était même pour ça qu’elle stigmatisait l’obscurantisme des Églises. Aucune limite à la contestation. Aucune interdiction de séjour pour les idéologues, ni pour leurs militants, qu’ils fussent royalistes ou républicains, socialistes ou Croix-de-Feu, catholiques ou francs-maçons, communistes ou fascistes. La démocratie savait faire la différence entre ses amis et ses ennemis, elle savait mieux encore ce qui la distinguait de la dictature. On n’était démocrate que si l’on tolérait les antidémocrates et si l’on s’abstenait d’entraîner les controverses au poste de police ou au cabinet du juge d’instruction. Avoir mauvais goût en littérature, être odieux en politique, médire du pouvoir à mots populaires, vitupérer ses principes, réprouver ses mœurs, ridiculiser ses grands prêtres et renverser ses idoles, ces séditions livresques n’exposaient personne au bannissement. La société ne s’estimait pas en danger de mort lorsqu’elle était moquée par les chansonniers, contredite par les journalistes d’opposition, secouée par les pamphlétaires."
Pol Vandromme, Bivouacs d’un hussard
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